Chaussures mixtes : la mode genderless gagne le soulier
La mode genderless vue par un maître cordonnier. Au-delà des tendances, je vous explique pourquoi un bon soulier n'a pas de sexe. Mon avis d'atelier sur les chaussures mixtes.
L'auteur
Cordonnier, troisième génération
Cordonnier établi à Limoges depuis quarante ans, héritier d'un atelier familial ouvert en 1934. Tient le banc, regarde les coutures, et raconte ce que cinquante ans d'établi permettent de voir sur une chaussure.
Né à Limoges en 1962, je suis tombé dans l'odeur de poix et de wax dès l'enfance. L'atelier familial avait été monté par mon grand-père Émile en 1934, rue de la Boucherie, à deux pas du dépôt SNCF. Mon père Robert l'a repris en 1962, l'année de ma naissance, et y a passé toute sa carrière à monter Goodyear pour quelques bottiers parisiens.
J'ai appris le métier à ses côtés, puis j'ai filé deux ans chez un patronnier à Romans-sur-Isère pour comprendre comment se dessinait une forme. Quand je suis revenu en 1989, l'atelier sentait toujours pareil. Depuis, je tiens l'établi, je remonte les semelles, je conseille les clients fidèles, et depuis le début des années 2000, j'écris sur ce que je vois passer dans mes mains.
Le magazine prolonge l'établi. On y regarde les chaussures de près, on démonte les promesses commerciales, on raconte les jeunes maisons françaises qui ont vraiment quelque chose dans le contrefort. Pas d'algorithme, pas de communication, pas de classement. Juste le regard d'un cordonnier qui a vu défiler trois décennies de modes et qui sait reconnaître une coupe d'atelier d'un sourcing déguisé.
Domaines