Histoire
Histoire du mocassin : de la Norvège à l'Amérique chic
Histoire du mocassin moderne, de ses influences norvégiennes au penny loafer américain, avec des repères de construction et de style.
Le mocassin moderne, souvent associé aux campus de la Nouvelle-Angleterre, possède aussi des racines norvégiennes. Un soulier rural a progressivement été adapté pour devenir un emblème du style décontracté.
Avec sa souplesse et sa simplicité apparente, ce soulier a été porté dans des contextes très différents, de la Norvège aux États-Unis puis au reste du monde. La famille comprend aujourd’hui des modèles accessibles comme des interprétations de luxe.
Le mocassin vient-il des Amérindiens ? Pas tout à fait
Souvent, on me dit que le mocassin vient des tribus amérindiennes. C’est à la fois vrai et faux, et pour un artisan, la nuance est de taille. Le mocassin des peuples comme les Iroquois était une merveille de conception : une ou deux pièces de peau souple, souvent du cerf, cousues pour envelopper le pied. C’était une chausse sans semelle rigide rapportée, parfaite pour une marche silencieuse en forêt. Mais totalement inadaptée à nos trottoirs et à nos pluies européennes.
Le lien existe, mais il est indirect. Ces chaussures souples ont inspiré le mocassin moderne sans se confondre avec le loafer urbain, doté d’une structure, d’une semelle d’usure et d’un petit talon. L’histoire de ce dernier passe notamment par la Norvège.
L’ancêtre de nos loafers est-il un soulier de pêcheur norvégien ?
Oui, le véritable ancêtre de nos loafers est né dans la petite ville d’Aurland, en Norvège. Son inventeur s’appelle Nils Gregoriusson Tveranger. Ce chausseur de talent a passé plusieurs années à apprendre son métier en Amérique à la fin du XIXe siècle, où il a sans doute observé les mocassins amérindiens.
De retour chez lui dans les années 1920, il a l’idée de combiner cette souplesse avec la robustesse des chaussures traditionnelles des pêcheurs et fermiers locaux, les “Teser”. Le résultat, qu’il baptise l’“Aurlandskoen” (la chaussure d’Aurland) vers 1926, est une révolution. C’est une chaussure sans lacet, confortable comme un chausson, mais montée sur une semelle en cuir plus épaisse et dotée d’un talon. Sa signature, c’est ce qu’on appelle le plateau : cette pièce de cuir sur le dessus du pied, cousue avec une couture apparente et relevée. C’est cet assemblage, que l’on retrouve encore aujourd’hui, qui donne au mocassin son identité.
Comment le mocassin norvégien a-t-il conquis l’Amérique ?
Dans les années 1930, les touristes américains et anglais fortunés qui visitent la Norvège remarquent ces souliers pratiques et élégants. Ils en rapportent quelques paires chez eux. Le bouche-à-oreille fait son œuvre, et le magazine de mode masculine Esquire aurait même publié des photos de ces fameuses chaussures norvégiennes.
L’intérêt est tel que des entreprises américaines commencent à les importer puis à fabriquer leurs propres versions. Le terme “loafer”, associé à l’idée de flânerie, s’impose pour désigner ce mocassin urbain à semelle structurée.
Qui a inventé le mythique Penny Loafer ?
Le coup de génie viendra d’une autre maison du Maine, G.H. Bass & Co. En 1936, s’inspirant du modèle norvégien, l’entreprise lance une version qu’elle nomme “Weejuns”, une déformation affectueuse de “Norwegians” (Norvégiens). C’est un succès immédiat.
Le détail qui change tout est l’ajout d’une lanière de cuir transversale sur le cou-de-pied, percée d’une petite fente en forme de losange. Au départ, c’est purement esthétique. Mais dans les années 1950, les étudiants des grandes universités américaines de l’Ivy League s’emparent du modèle. La légende est née : ils auraient pris l’habitude de glisser une pièce de monnaie, un penny, dans la fente de chaque chaussure. La somme des deux pièces (deux cents) suffisait pour passer un appel d’urgence depuis une cabine téléphonique. Le “Weejun” devient alors pour toujours le “Penny Loafer”.
Comment reconnaître un mocassin de qualité ?
La qualité d’un mocassin dépend notamment de son matériau et de son montage. Le cousu Blake, fréquent sur les modèles fins, utilise une couture qui traverse la première, la tige et la semelle extérieure. Le guide des montages Goodyear, Blake et norvégien détaille ces différences.
Une autre construction, plus rare, est le montage tubulaire. Le cuir de la tige enveloppe le pied par le dessous avant la fixation de la semelle d’usure. La méthode et la couture du plateau varient selon les modèles ; la fiche de fabrication permet de vérifier ce qui est réellement réalisé à la main.
Quelles sont les grandes icônes du mocassin ?
Après les étudiants américains, le monde entier adopte le mocassin. Il devient un symbole de l’élégance décontractée, porté par des icônes comme John F. Kennedy, Paul Newman ou Steve McQueen. Il est à l’aise avec un pantalon en toile, un jean, et même un costume pour les plus audacieux. Trois modèles sont entrés dans la légende.
| Type de Mocassin | Maison emblématique | Année de création | Signe distinctif |
|---|---|---|---|
| Penny Loafer | G.H. Bass (“Weejuns”) | 1936 | Lanière de cuir avec une fente centrale. Style preppy. |
| Mocassin à Mors | Gucci (“1953”) | 1953 | Mors de cheval en métal. Symbole du chic italien. |
| Mocassin à Pampilles | Alden Shoe Company | 1950 | Pampilles décoratives en cuir. Plus habillé. |
En France, c’est la maison J.M. Weston qui en a fait un de ses emblèmes avec le fameux 180, un penny loafer chic et robuste, devenu un classique indémodable de la chaussure française.
Le mocassin est-il toujours à la mode ?
Aujourd’hui, le mocassin est partout, et c’est une excellente chose. Il s’est adapté, a évolué. On voit des modèles avec des semelles plus épaisses, parfois crantées type “commando”, qui lui donnent une allure plus moderne. Les cuirs aussi se sont diversifiés : veau velours (daim), cuir grainé, et même le prestigieux cordovan pour les puristes.
Les prix d’un mocassin varient fortement selon la marque, la matière, le montage et la saison. Consultez les tarifs actuels et le guide d’achat du mocassin pour homme plutôt que de déduire la durabilité du seul prix.
La polyvalence du mocassin explique sa présence durable dans les collections. Du soulier rural norvégien à l’icône de mode, sa construction a évolué sans perdre le principe d’une chaussure basse sans lacets. Un entretien adapté au cuir contribue à préserver la paire.
Questions fréquentes
À retenir, en quelques questions.
Quelle est la différence entre un mocassin et un loafer ?
Pourquoi appelle-t-on ce mocassin le "penny loafer" ?
Peut-on vraiment porter des mocassins avec un costume ?
Comment est né le mocassin à mors de Gucci ?
Qu'est-ce qu'un mocassin à pampilles (tassel loafer) ?
Sources & références
- G.H.BASS, Celebrating 85 Years of The Original Penny Loafer
- Scan Magazine, The original penny-loafer by Nils Tveranger
- ICON-ICON, Gucci : Les Mocassins à Mors Collection 1953
- Musée de la Chaussure de Romans, collections et archives