L'histoire

Trois générations,
un même établi.

À Limoges, atelier familial depuis 1934. Le magazine prolonge le banc d'atelier : on y regarde la chaussure de près, avec les yeux d'un cordonnier, pas d'un communicant.

L'atelier a ouvert ses portes rue de la Boucherie à Limoges en 1934. Mon grand-père, Émile Lemoine, ressemelait les souliers des cheminots du dépôt SNCF de Puy-Imbert avec un cuir tanné à Saint-Junien. Mon père Robert a repris le bail en 1962, agrandi l'établi, et appris à monter Goodyear dans les ateliers du Limousin qui livraient encore les bottiers parisiens. Quand je suis revenu travailler en 1989, après deux ans chez un patronnier à Romans-sur-Isère, j'avais déjà la même odeur de poix et de wax dans les vêtements que mon père. Aujourd'hui, l'atelier tient toujours, et le magazine vient s'ajouter au banc.

Pourquoi un magazine de plus sur la chaussure ?

Parce que ce qui se dit dans la presse mode et sur la plupart des sites de "guides chaussures" reste, neuf fois sur dix, du discours de vitrine. On y répète les noms qui paient les pleines pages, on confond le cuir pleine fleur et le cuir corrigé, on oublie de regarder la trépointe. Quand un client vient à l'atelier avec une paire achetée 380 euros qui s'est désolidarisée au bout de huit mois, il comprend vite ce qu'on lui a vendu : la marque, pas la chaussure.

Le magazine prend l'angle inverse. On part de la chaussure elle-même, on remonte vers la matière, le geste de l'atelier qui l'a fabriquée, puis vers la maison qui la commercialise. Le verdict suit, et tant pis si certaines marques connues s'y retrouvent moins bien que des ateliers de quinze personnes en province.

Une chaussure bien faite, on la reconnaît au contrefort, à la régularité du point, à la souplesse de la cambrure. Le logo, lui, ne se sent pas sous le pied.

Ce que le magazine n'est pas

La méthode

Chaque article part d'une question concrète, soulevée à l'atelier ou par un lecteur : pourquoi mes derbies se déforment, comment juger un cousu Blake, où trouver un bon richelieu fabriqué en France à moins de 400 euros, quelle marque DTC vaut vraiment son prix. On traite la question en s'appuyant sur la matière, le procédé de montage et la structure de coûts du fabricant. Quand on ne sait pas, on le dit. Quand on a un doute, on retourne à l'atelier.

Les marques mentionnées ne sont pas prévenues à l'avance, et n'ont aucun droit de regard sur la rédaction. Quand une critique est sévère, elle est argumentée avec les éléments visibles sur la pièce. Le magazine est présent sur internet depuis le début des années 2000 ; les premiers carnets datent d'avant le terme "DTC", quand la majorité des marques françaises n'avaient encore qu'un site vitrine.

L'indépendance

Le magazine s'autofinance par la régie de quelques placements éditoriaux, identifiés en transparence à chaque parution concernée, et par des partenariats ponctuels avec des ateliers ou des maisons qui acceptent que la rédaction garde la main sur le contenu. Aucune rémunération conditionnée à un avis favorable n'est acceptée. Quand un partenariat tourne mal, on coupe court : l'atelier ne se sépare pas de son banc pour un chèque.

Les rubriques

Quatre rubriques structurent le magazine. Matériaux regarde les cuirs, les toiles, les semelles, la mécanique des matières. Marques françaises couvre les maisons en direct, du jeune atelier au bottier installé. Guides d'achat aide à choisir, comparer, ajuster, par saison et par budget. Savoir-faire raconte les procédés de montage et les gestes d'atelier qui font la différence sous le pied.

Pour écrire à la rédaction : contact@gerardchaussures.fr.