Histoire
Histoire de la basket : du terrain de sport à la rue
Histoire de la basket : du terrain de sport à la rue : guide éditorial avec critères, limites et sources à vérifier.
L’invention qui a tout changé : le caoutchouc vulcanisé
Tout commence non pas avec une chaussure, mais avec un matériau : le caoutchouc. Avant 1839, le caoutchouc naturel était une matière instable, qui fondait à la chaleur et devenait cassante au froid. L’invention de la vulcanisation par l’Américain Charles Goodyear change tout. En chauffant le caoutchouc avec du soufre, il le stabilise et le rend élastique et résistant. Sans ce procédé, pas de semelle de basket. C’est la pierre angulaire de tout ce qui va suivre.
Les premières chaussures à utiliser cette semelle en caoutchouc apparaissent en Angleterre à la fin du 19e siècle. On les appelle des plimsolls. Ce sont des chaussures simples, avec une tige en toile et une semelle en caoutchouc collée. Leur nom viendrait de la ligne de flottaison des navires (« Plimsoll line »), car si l’eau passait au-dessus de la bande de caoutchouc, on avait les pieds mouillés. C’étaient des chaussures de loisir pour les classes aisées, pour jouer au tennis ou faire du bateau. L’ancêtre est là, mais l’esprit n’y est pas encore.
Les premiers paniers : la naissance des icônes américaines
C’est aux États-Unis, au début du 20e siècle, que la basket prend son envol. En 1916, la U.S. Rubber Company lance la marque Keds. Un an plus tard, en 1917, Marquis Mills Converse, un fabricant du Massachusetts, crée une chaussure montante en toile conçue pour un sport qui explose en popularité : le basketball. Son nom : la Converse All Star.
C’est à cette époque qu’on leur donne le nom de sneakers. Le mot vient du verbe to sneak (se faufiler), car ces semelles en caoutchouc étaient incroyablement silencieuses comparées aux semelles en cuir cloutées de l’époque. La basket était née.
La guerre des frères qui a fondé deux empires : Adidas contre Puma
L’Europe n’est pas en reste, et c’est en Allemagne que se joue un autre acte fondateur. Dans les années 1920, les frères Adolf et Rudolf Dassler fabriquent des chaussures de sport dans la buanderie de leur mère. Leur obsession : la performance. Ils sont les premiers à penser la chaussure en fonction du sport pratiqué. Ils connaissent un premier coup d’éclat en équipant l’athlète américain Jesse Owens aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Ses quatre médailles d’or sont une publicité immense.
Mais les deux frères se détestent. Après la Seconde Guerre mondiale, leur rivalité culmine et ils se séparent pour fonder chacun leur entreprise dans la même petite ville de Herzogenaurach. Adolf, surnommé « Adi », crée Adidas (Adi-Das). Rudolf fonde Puma. Une compétition féroce s’engage, qui va pousser l’innovation à des niveaux inédits. Ils inventent les crampons vissés pour le football, développent des chaussures pour l’athlétisme, le tennis… La basket n’est plus une simple chaussure de loisir, elle devient un équipement technique. C’est le début de la segmentation du marché et du marketing sportif tel qu’on le connaît.
Les années 70 : la révolution Nike et le jogging pour tous
Le tournant suivant a lieu dans les années 1970, avec l’explosion de la course à pied comme loisir de masse aux États-Unis. Les coureurs du dimanche ont besoin de chaussures plus confortables, avec un meilleur amorti que les simples semelles plates en caoutchouc. C’est là qu’une nouvelle marque de l’Oregon, fondée par Phil Knight et son entraîneur Bill Bowerman, va tout changer : Nike.
Les années 80 : la rue s’empare de la basket
C’est la décennie où tout bascule. La basket quitte définitivement les stades pour devenir un objet de mode et un marqueur social. Deux phénomènes vont accélérer cette transition : la culture hip-hop et l’explosion du marketing autour d’un seul athlète.
À New York, les pionniers du hip-hop, les B-boys, adoptent des modèles comme la Puma Suede ou l’Adidas Superstar. Le groupe Run-DMC va plus loin : ils portent la Superstar sans lacets, languette sortie, et lui dédient une chanson, « My Adidas », en 1986. Adidas, d’abord méfiant, finit par leur offrir un contrat d’un million de dollars. C’est la première fois qu’une marque de sport s’associe à des artistes. La basket devient un symbole d’appartenance à une culture, un signe de reconnaissance.
Au même moment, Nike réalise le coup du siècle en signant un contrat avec un jeune basketteur prometteur : Michael Jordan. En 1985, ils lancent la Air Jordan 1. Contrairement à la légende marketing tenace, ce n’est pas la Air Jordan 1 qui a été bannie par la NBA pour ses couleurs, mais un prototype antérieur, la Nike Air Ship. Qu’importe, Nike exploite l’idée de la chaussure « rebelle » et paie les amendes. Le slogan est génial : « La NBA l’a bannie, mais rien ne vous empêche de la porter ». Le succès est phénoménal. La Air Jordan devient un objet de désir, la première basket qui crée des émeutes. Son prix, bien plus élevé que les autres, en fait un symbole de statut social. La notion de « sneakerhead », de collectionneur, est née.
Des bulles d’air au luxe : l’ère moderne de la sneaker
Les années 90 et 2000 sont celles de la surenchère technologique. Chaque marque veut sa signature. Nike rend son technologie d’amorti visible avec la bulle d’air de la Air Max 1 en 1987. Reebok réplique avec le système Pump en 1989, qui permet de gonfler la chaussure pour un maintien sur mesure. Le design devient plus agressif, les couleurs plus criardes. Chaque tribu urbaine a son modèle fétiche : les skateurs, les rappeurs, les fans de musique électronique…
Puis, à partir des années 2010, le jeu change à nouveau. Les marques de luxe s’emparent du phénomène. Des maisons comme Lanvin, puis Balenciaga avec sa massive Triple S, créent des baskets vendues à des prix de chaussures de luxe traditionnelles. Les collaborations entre marques de sport, artistes et créateurs de mode deviennent la norme. La basket est désormais un produit de luxe, un objet de spéculation dont la valeur peut atteindre des sommets sur le marché de la revente.
| :— | :— | :— | :— | | Matière de la tige | Synthétique, textile, croûte de cuir | Cuir pleine fleur, suède de veau de qualité | Le cuir pleine fleur respire et se patine. Le synthétique fait transpirer et craquelle. | | Doublure intérieure | Textile synthétique | Cuir | Une doublure en cuir est un signe de qualité. Elle absorbe la transpiration et épouse la forme du pied. | | Montage de la semelle | Collée (ou vulcanisée) | Cousue (Strobel, puis collée ou cousue latérale) | Un montage cousu est plus durable et permet souvent un ressemelage. La solidité est incomparable. | | Semelle intérieure | Mousse simple, non amovible | Semelle anatomique, souvent en cuir et amovible | Une semelle amovible peut être remplacée par une semelle orthopédique ou simplement changée pour l’hygiène. | | Pays de fabrication | Asie (Vietnam, Chine, Indonésie) | Europe (Portugal, Italie), France | La fabrication européenne est souvent un gage de savoir-faire et de meilleures conditions de travail. Vérifiez les labels. |
Questions fréquentes
À retenir, en quelques questions.
Quelle est la toute première marque de baskets ?
Pourquoi le mot 'sneakers' est-il utilisé pour les baskets ?
Qui a réellement inventé la basket ?
Quelle est la différence entre une basket et une sneaker ?
Comment la culture hip-hop a-t-elle propulsé la basket ?
Quelle est la basket la plus emblématique de l'histoire ?
Sources & références
- Outpump - The True Story of the Banned Air Jordan 1
- Musée de la Chaussure de Romans
- CTC - Comité Professionnel de Développement Cuir Chaussure
- Sneaker Freaker - The Ultimate Sneaker Book